Sur nos 20 jours passés au Japon, nous en avons consacré la moitié à Kyoto.
À peine descendu du train, en allant de la gare à chez nous, il y avait des temples partout, des maisons qui ressemblaient à des temples, des ruelles au cachet incroyable, une esthétique raffinée et bien dosée, mais aussi ce petit côté rétro-vieillot des plus adorables qui nous avait tellement plu à Osaka.
Il faut dire, sous le charme, nous l’étions déjà après nos premiers jours dans la ville la plus rebelle du pays… et en une heure à peine, nous avions la certitude que cette deuxième partie du séjour à Kyoto allait surpasser (ou sublimer ?) toutes nos attentes !
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| Mibu Dera - sanctuaires et ancienne maison de samouraïs |
Ville fantasmée, ville idéalisée, Kyoto évoque tout ce qu’un voyageur peut s’imaginer du Japon d’autrefois. Torii vermillons, maisons de bois, thé matcha, kimonos et geishas… Des clichés qui depuis fort longtemps font rêver l’Occident.
Gardienne officielle des traditions séculaires de l’archipel, ancienne cité impériale, carte postale idéalisée et épargnée des affres de la Seconde Guerre mondiale, elle suscite la fascination des voyageurs comme des Japonais d’ailleurs, fiers et nostalgiques.
Nostalgie d’un prestigieux passé, témoin d’une culture unique et très spécifique, que nombreux viennent ici admirer.
Ville rêvée, ville préservée, ville musée…
Palais, châteaux et merveilleuses villas, de beaux musées, des temples et sanctuaires par milliers, ponctué de ravissants jardins et de maisons de thé disséminés entre les différents quartiers. Sans compter ses innombrables restaurants et sa cuisine particulièrement raffinée.
Un véritable joyau, lové entre les collines d'Higashiyama, Kitayama et Nishiyama et traversé par la paisible rivière Kamo, et qui offre aussi de bien jolis panoramas par endroits.
Elle souffre pourtant et aujourd’hui ses habitants suffoquent. Elle vit un paradoxe, entre la reconnaissance de son patrimoine, les généreuses recettes qui en découlent et la paix, évanouie dans le flot de voyageurs trop pressés. Empressés de courir partout, souvent sans comprendre, sans même essayer…
Toujours le même dilemme. Toujours la même histoire… Les plus beaux lieux deviennent des machines à touristes qu’il est bien difficile d’éduquer.
Un équilibre bien délicat à trouver.
Avec Tokyo, c’est une étape « incontournable » comme on dit.
Un mot dont tout le monde abuse et qui, comme « authenticité », est fortement galvaudé. Utilisé à tort et à travers, on en perd le sens, dilué.
Et pourtant, comment faire autrement ?
Quand de l’extérieur, les images qui nous viennent, les idées que l’on se fait et le rêve que l’on caresse émergent de ces endroits-là.
Ne devient pas incontournable qui veut et si certains lieux retiennent l’attention plus que d’autres, c’est souvent avec raison.
Il serait en effet fort dommage de passer à côté du sanctuaire aux mille torii - l'incontournable et indétrônable Fushimi Inari
Pour nous-mêmes, qui voyageons pourtant souvent et depuis longtemps, un voyage au Japon, c’était — forcément — passer par Kyoto. C’était juste inimaginable de ne pas s’y arrêter et je comprends tellement pourquoi « tout le monde » a la même idée.
Alors ce serait très mal placé de vous dire de l’éviter, de passer à côté… mais peut-être pouvons-nous distiller quelques conseils pour faire quelques pas de côté. Ne pas vous précipiter, anticiper et repenser la découverte de cette ville fragilisée.
Fragile comme ses machiyas - ces maisons traditionnelles en bois qu'il est bien difficile d'entretenir aujourd'hui
Kyoto souffre du sur-tourisme mais, comme souvent, il suffit de peu pour s’en écarter.
Doser, trouver la balance, celle qui vous va et qui respectera vos envies et ces lieux de vie.
Prendre le temps de comprendre et d’apprendre. Prendre le temps de bifurquer et d’improviser.
Faire des choix et accepter que parfois, moins c’est mieux. Moins de « choses à voir », pour réellement les regarder. Moins de « cases à cocher » pour mieux les apprécier. Moins d’étapes, moins de transports, plus de temps (et selon, un gain d’argent).
Ralentir pour mieux ressentir.
Entre nous, il n’y a peut-être pas de meilleur endroit que Kyoto pour cela.
Choisir un quartier excentré, se laisser porter… Tomber sur un temple qui cache un jardin. Un jardin qui ne demande qu’à être admiré. Y déguster un thé. Observer.
Contempler ces dégradés de verts et de textures. Entre la mousse du matcha, celle sous les érables et sur les pierres mouillées…
Tout un rituel que de boire ce thé. Et tout autant pour le chemin qui vous y a mené.
Une belle leçon que le Japon nous invite à expérimenter.
Prendre le temps d’admirer. Un détail, une odeur, un moment.
Suspendre le temps.
Un paradoxe dans un pays qui va si vite et où beaucoup de gens n’ont plus de temps justement.
Car si Kyoto a tout d’une « ville musée », ne croyez pas pour autant que la modernité l’ait épargnée. Kyoto est aussi une grosse ville japonaise avec tous ces contrastes, son architecture contemporaine à l’esthétique que l’on peut aussi des fois questionner.
Le fameux « entre traditions et modernité » (pour reprendre l'expression consacrée), qui participe de l’attrait irrésistible qu’exercent les villes asiatiques.
Une course au « progrès » qui fait se confronter l’ancien monde et les nouvelles réalités.
Et dans tout ce bazar urbanistique (non dénué de charme pour notre part), elles arrivent à préserver des îlots hors du temps. Ceux-là même qui font rêver et qui donnent à tout le monde l’envie d’y aller. Kyoto en est un parfait exemple.
Mémoires d’un passé révolu et d’un monde — flottant — qui n’est plus.
Nous avons pris énormément de plaisir à la découvrir. Émerveillés par sa beauté préservée, sa sophistication parfois très poussée et son souci du détail très élevé.
La beauté se cache parfois là où on ne l’attend pas et le regard aiguisé des Japonais sait bien comment sublimer, mais aussi dissimuler ce qui doit l’être.
Je pense à ces cônes de circulation habillés de bambou, ses aircos et ces compteurs d’eau souvent camouflés. De tels niveaux de détail que nous n’avons jamais vus ailleurs et qui changent tout.
Les portes d’entrée sont souvent très soignées. Deux trois pans de tissus, parfois calligraphiés, une plante, de l’eau, un beau caillou…
L'entrée se prolonge ici jusque dans la maison - un pont entre l'extérieur et l'intérieur.
Preuve que la modernité, bien pensée, peut tout à fait s'intégrer
Cas de figure, assez « extrême », il faut l’avouer, et qui ne s’applique qu’aux plus beaux quartiers et à certaines rues en particulier, comme la célèbre ruelle Pontochō, l’incontournable quartier de Gion (quartier des Okiya – maisons de geishas), Sannen-zaka et Ninen-zaka.
Ce sont ces quartiers qui sont les mieux préservés, ces fameux îlots de beauté, fragiles et surfréquentés.
La ville impose des règles très strictes à ses habitants pour préserver ce précieux patrimoine. Pas de couleurs criardes, pas de grandes publicités, rien de tout ce que nous avons vu à Osaka. Ici l’architecture ne concurrence pas dans la démesure. Selon les zones et les quartiers donc, elle est restreinte et soumise à beaucoup de contraintes.
Telle une geisha, œuvre d’art vivante à l’esthétique stricte et codifiée, qui sans cela perdrait une part de son mystère et de sa beauté.
Comme pour ces dernières, il vous sera parfois demandé de vous retenir, de vous abstenir. Pas de photos dans certaines ruelles ni dans certains cafés, par exemple.
C’est le cœur du paradoxe, la boucle infernale. Des quartiers historiques qui deviennent touristiques. Des touristes qui remplissent les caisses d’un côté mais qui agacent et rendent parfois ces lieux invivables pour ceux qui y habitent.
Imaginez vivre dans un parc d’attraction… mais l’attraction, c’est vous ou votre maison.
Ne pas aller à Kyoto (ne pas y retourner même), me semble réellement insensé, mais il est important de bien comprendre les enjeux auxquels la ville est confrontée.
Pour elle, pour ses habitants, mais aussi pour vous, il serait judicieux :
– D’éviter d’y aller en haute saison.
Nous avons découvert le Japon juste avant son pic touristique (avant la floraison des cerisiers, fin février-début mars) et déjà, dans certains endroits, la foule était bien là. Dense et pressée.
On imagine à peine à quoi ça doit ressembler quand tout le monde est là !
Lieux de visites saturés, transports bondés, restaurants pris d’assaut…
Et là, ce temps si précieux vous filera entre les doigts ! Attendre, faire la file, marcher à la queue leu leu, prendre le prochain bus en espérant qu’il y ait enfin un peu de place… (et là, vous devez penser aussi aux locaux qui subissent ça autant, voire plus que vous).
Râler de ne pas s’être levé plus tôt, râler sur les autres… se dépêcher et au final ne plus vraiment apprécier.
Beaucoup de risques qui n’en valent pas la peine quand on peut les contourner.
Avoir tout ça en tête, c’est vous épargner bien des désagréments et c’est aussi un gain d’argent.
Qui dit pic touristique, dit prix qui flambent ! Idem pour les réservations (souvent indispensables au Japon).
– Privilégier les endroits moins connus
On ne vous dit pas de faire une croix sur tous les « incontournables » de la ville, bien sûr, mais croyez-nous, bien d’autres lieux méritent le détour. Certains seront peut-être moins spectaculaires (et encore), mais pouvoir apprécier ces trésors sans la foule ne fait que rehausser leur beauté et leur appréciabilité.
Vous éviterez ainsi la surfréquentation de ces lieux qui n’ont à la base jamais été prévus pour cela et vous profiterez mille fois plus d’être seul dans d’autres endroits.
Car on le dit et on le redit, ce ne sont pas les pépites qui manquent à Kyoto !
Tomber sur l’une d’entre elles vous procurera un sentiment de joie privilégiée des plus agréables et les rencontres que vous y ferez peut-être n’en seront que plus belles, d’autant plus si c’est « l’authenticité » que vous êtes venus chercher.
Hors des foules et des circuits touristiques, le sublime temple Higashi Hongan-Ji se visite gratuitement et sans personne... L'occasion d'assister à une cérémonie si vous prenez votre temps.
– Prenez vos renseignements, respectez les lieux et les gens.
La base, me direz-vous, mais apparemment, c’est en option pour beaucoup.
Qu’il y ait du monde, c’est une chose, mais quand en plus ce monde se comporte n’importe comment, c’est vraiment désolant. Dur alors de ne pas mettre tout le monde dans le même paquet (et on ne jettera pas la pierre aux habitants qui vous paraîtront parfois froids et distants).
Baragouiner quelques mots de politesse. Savoir comment se comporter, ce qui se fait et ne se fait pas. Observer ! Les Japonais semblent très forts pour ça. Ils anticipent beaucoup.
Et dans tous les cas, ne cherchez pas à en faire trop en une journée, car on ne sait jamais ce qui peut se passer (même quand on est très organisé) !
Le sanctuaire Heian-Jingu, hors circuit touristique, cache un magnifique jardin et ce jour là, nous avons même eu droit à une exposition d'Ikebana (l'art floral Japonais)
Une chose est sûre, ce voyage au Japon nous a vraiment marqués et il nous tarde de pouvoir y retourner un jour.
On rêve de pouvoir apprécier tous ces autres lieux dont on parle encore trop peu…
D’ailleurs, un dernier conseil, ne partez pas avec trop d’attentes – laissez-vous surprendre !
Vous avez peut-être d'autres destinations à nous conseiller
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