mercredi 7 janvier 2026

Voyages Végétariens (2/3)

 

La cuisine végétarienne traditionnelle en Asie
et les restaurants bouddhistes

 

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir qu'il n'y avait pas qu'en Inde que le régime végétarien faisait  partie du panorama culinaire local!

Autant il est très connu que le pays de Gandhi est un Paradis pour les végétariens, autant pour ce qui est de ses voisins, plus ou moins proches, comme la Thaïlande, nous pensions que manger allait s'avérer bien plus compliquer...

Nous étions loin, très loin d'imaginer à quel point nous allions nous régaler, et ce partout où nous avons été!

Même au Japon!
Et c'était incroyablement bon !!!



La raison est simple (et dans le titre) : une question d'éthique et de principes!


Un concept relativement unique à ce merveilleux continent qu'est l'Asie, où les nombreux courants philosophiques & religieux coexistent depuis des temps immémoriaux, façonnant les habitudes alimentaires des habitants.

Comme pour nos voyages ;) tout commence en Inde, avec l'Hindouisme - ou plus précisément le Védisme (1er nom connu de ce dernier) - et de ses principes fondateurs.
(Je précise que je ne vais pas vous résumer ici ce qu'est le védisme, ni l’hindouisme, je vais juste me contenter de faire les liens utiles pour bien comprendre d'où on part et où on va!)

À noter que l'Hindouisme est à l'heure d'aujourd'hui, l'une des plus vieilles religions encore pratiquées de nos jours - la plus vieille même si l'on parle de religion "officielle". Ses racines, pour le moins nébuleuses, remonteraient à plus de 1500/3000 ans av. JC. C'est dire si son influence a grandement joué dans la balance! Et donc, compte tenu de son grand âge, il est aussi très difficile de remonter aux origines originelles si je puis dire. (L'histoire d'une vie pour certains historiens!)

Pour résumer:

Dans le VÉDISME (de -1500 à -500):
Parmi les notions de base, les plus importantes (pour notre article), on retiendra les suivantes:

- le Nirvâna - la délivrance - au-delà du désir et de la souffrance (qui constituent notre condition terrestre en quelque sorte) - c'est donc le but ultime à atteindre.

- le Karma - l'acte (surtout) et son résultat - toute action entraine des répercutions - c'est ce qui va nous aider, ou non, à atteindre le nirvâna.

- la Réincarnation - ou l'idée de survie après la mort terrestre (et qui va nous permettre d’accumuler plus ou moins de karma pour arriver au nirvâna donc)

- la notion de pureté - particulièrement spécifique (très binaire et très archaïque), qui classe tous les aspects de la vie par ordre de pureté et principalement les aliments. Il y a des aliments dits "purs", qu'il est vivement recommandé de consommer et d'autres aliments, considérés comme "impurs", et qu'il convient donc d'éviter pour ne pas se souiller.
C'est aussi de ce principe qu'est né le système de castes hindou.

 

En Inde, la vache est un animal sacré,
donc tout ce qui provient d'elle l'est aussi!  (Varanasi 2023)

 

Au fil du temps, un concept - primordial - va prendre de plus en plus d'importance. La notion de "Non-Violence"

l'Ahimsa



De l'Hindouisme, à émergé plusieurs courants religieux vers le 4e, 5e siècle av.JC, dont le Jaïnisme et le Bouddhisme. Ces trois derniers se rejoignent aujourd'hui sur les notions de nirvâna, de réincarnation, de karma et d'ahimsa.

On prête souvent l'origine du concept de non-violence à l'Hindouisme, mais c'est un raccourci. Le bouddhisme et le jaïnisme viennent bien de l’hindouisme mais, ce sont eux qui, à leurs façons, ont modifié la pensée hindoue (à l'époque encore fort violente et ségrégative).
 
Les hindous prônaient un régime alimentaire strictement végétarien, non pas pour le bien-être animal, mais par notion de pureté. La grande différence que mettent en avant le bouddhisme et le jaïnisme - contrairement à l'hindouisme des castes (appelé brahmanisme à l'époque) et qui dit que seuls les brahmans (prêtres de haute caste) peuvent atteindre le nirvâna, c'est qu'ici, n'importe qui, à son échelle, peut tendre vers cet idéal. Et ça, ça change toute la donne! La libération ultime n'est plus réservée à une élite, mais à tous, moyennant une certaine discipline donc.
 
Contrairement au Jaïnisme (particulièrement strict et contraignant), le bouddhisme gagne donc en popularité et se propage même hors des frontières de l'Inde. Il s'adapte et fusionne avec les croyances locales qu'il rencontre, modifiant les façons de penser et les habitudes alimentaires...
 
 
En Inde, il existe même des villes strictement végétariennes - comme ici à Pushkar -
où la grande majorité des habitants n'ont jamais mangé de viande! (et s'en portent très bien)


Il y a bien évidement tout un tas de variantes selon les pays, et de multiples paramètres qui rentrent en compte, mais en gros, en très très gros:  

Le bouddhisme par du principe que tout est souffrance ici sur terre.
Ce sont les
Quatre Nobles Vérités.

La vie étant considérée comme source de souffrance, le but ultime est donc d’en sortir, de sortir du cercle des réincarnations, pour arriver au fameux Nirvana!

Le moyen d'y arriver est la quatrième des Nobles Vérités, appelée aussi Le Noble Chemin Octuple.
C'est une sorte de "guide de conduite" appelé parfois la "Voie du Millieu", et c'est en suivant ce chemin, sans extrême, que l'on arrive à "nettoyer" son karma si je puis dire et, surtout, éviter d'en produire.

Ces deux "concepts" sont véritablement les piliers du bouddhisme, et ce, peut importe le courant, l’école, le pays.

 
 
 Quand on suit le résonnement karmique, l'Ahimsa, c'est presque mathématique.
C'est de la logique, tout simplement.
Et le bouddhisme, il aime ça la logique!
 
 
Le Bouddha - Stupa de Mahamevnawa   (Ella - SriLanka 2022)

 
Pour mettre toutes ses chances de son côté, et tendre vers ce fameux Nirvâna, il est donc primordial d’avoir un « bon » Karma.
 
Et comme le poids de chaque action - bonne ou mauvaise - entraine inévitablement du Karma (bon ou mauvais), il est donc préférable logique de ne pas manger de nourriture qui ait entrainé la mort d’êtres vivants.

Donc, pour (tous) les bouddhistes, en théorie, il convient de ne pas manger d’animaux. 
 
Mais, en pratique, nous verrons que ce n’est pas souvent le cas… #ParadoxeBonjour
Ceci dit, comme c’est une sorte d’idéal, c’est donc un régime alimentaire connu et même très bien vu. Et c'est là que ça devient vraiment intéressant pour nous... 😋


Buffet végétarien en self service dans un petit buibui à George Town   (Malaisie 2024)


Il existe donc des restaurants « bouddhistes » 100% végétariens!
(et 200% délicieux!!)

 

C’est en Thaïlande que nous les avons découverts et nous les avons appelés les Jay Restaurants!
Pas d’animaux donc, aucun (!) pas de chair animale, pas d’œufs*, pas de produits laitiers (plutôt peu présent dans la cuisine sud-asiatique en générale), et même sans ails ni oignons.

 * On pourrait presque parler de cuisine vegan (!) mais comme on retrouve parfois des nouilles aux œufs et que nous n'avons aucune garantie qu'ils ne fassent pas partie d'autres préparations... Dans le doute, on préfère dire "végétarien" pour éviter toute confusion.

Pour info: l'ail et l'oignon ne créent pas de mauvais karma, mais leurs propriétés font qu'il convient de les éviter - tout particulièrement pour les moines et la pratique de la méditation. Ces aliments augmentent la chaleur corporelle, voire la libido. Pareil pour les aliments aux gouts trop forts, comme la coriandre, le chili (même si on vous en propose toujours sur la table 😏), etc.  C'est donc une cuisine qui ne provoque pas d'incendie en bouche non plus!


Là-bas, ils ont un mot magiqueJay  ou  Kin Jay, qui veut dire - manger végétarien - au sens bouddhiste du terme donc et d'origine chinoise. Au Vietnam, on dira  Chay  ou  An Chay  par exemple.

Ces mots nous ont fait l'effet "Sésame, ouvre-toi!" d'Ali Baba! Ils nous ont ouvert grand les portes de tout un pan de la gastronomie asiatique dont on ne soupçonnait même pas l'existence!

Au Vietnam - Préparations de champignons, salade de mangue, riz et petit potage GRATUIT!
Et oui, il arrive même que le repas soit offert - solidarité bouddhiste oblige - Merci!!



Ces restaurants sont en général facilement reconnaissables (particulièrement en Thaïlande grâce aux petits drapeaux rouges et jaunes!) et ils sont toujours extrêmement bons marcher! (Malheureusement, ils ne sont pas toujours bien répertorier sur Google, il faut donc bien ouvrir l’œil!)

Vous remarquerez que le symbole "Jay" en Thaïe, ressemble fort à un 17, c'est donc vraiment facile à reconnaître! En Chinois, c'est un peu plus complexe, mais plus "international" 😉

Ci-dessous, on peut y observer presque toutes les variantes. D'ailleurs, prendre ces symboles en photos pour les montrer à vos interlocuteurs peut s'avérer fort utile aussi!


En Thaïe et en Chinois au dessus
"vegetan food" 😅
 
"Si drapeaux jaunes et rouges il y a - nourriture végétale tu trouveras!"

 
Le but étant de gagner des points de Karma, on est loin des restos tendance qui surfent sur la vague du végétal à prix gonflés! (Comme ceux dont on vous parle dans note article "Voyageurs végétariens - Notre délicieux retour d'expérience", si vous l'avez raté, c'est par ici!)
 
Ce sont souvent de petits restaurants familiaux, très modestes, avec presque toujours un buffet et parfois un menu en plus.

Ces buffets, c’est vraiment le must, car on peut choisir un peu de tout et donc se risquer à plus de choses! De loin, la meilleure option découverte 💛

Il y en a beaucoup en Malaisie, pays où l'on s'est particulièrement régalés aussi! Tellement, que nous avons déjà écrit un article sur le sujet, avec toutes nos bonnes adresses sur l'île de Penang!
 

Ce genre de restos - ici à Kuala Lumpur
Un régal!!
 
Avec ce genre de buffets - 100% végétaux!! 😍

 

Pour résumer, ces petits restos sont 100% safe, délicieux et très bon marcher !
Notre premier choix quand il y en a.

Ce fut une très agréable découverte après nos voyages en Inde et on n’oubliera jamais la première fois que l’on s’est retrouvé dans un tel endroit à Chiang Maï. Dans le menu, il y avait écrit « chicken », « duck » ou encore « beef » comme dans n’importe quels autres restos et certaines préparations du buffet ressemblaient à s’y méprendre à de la viande! Autant vous dire que nous étions plutôt surpris et pas franchement convaincus…

« Vraiment, vous êtes sûr que le canard, ce n’est pas du vrai canard donc?! » 
« Absolument! »
 
 
Malgré un menu pour le moins explicite "never use real meat"
 
On a vraiment eu un doute quand cette soupe de nouille au "canard" est arrivée...!

 
Le truc dans ces petits restos, c’est qu’ils utilisent beaucoup de « fausses viandes » appelées mock-meat en anglais. Et si j’ai bien tout compris, c’est essentiellement importé de Chine et de Taïwan, où ils ont réussi à élaborer des préparations extrêmement bluffantes! 

Comme pour beaucoup de gens, l’idée de ne plus manger certains plats (à basse d’animaux donc) est toujours très dure à concevoir, et quand on voit, en plus, à quel point les traditions culinaires ont la vie dure, il faut bien s’adapter!

Beaucoup de mock-meat donc, à base principalement de seitan (gluten de blé), de protéines de soja et de tout un tas de champignons aux textures vraiment intéressantes!



Uniquement des protéines végétales!


On peut bien évidemment s’interroger sur les préparations de certaines de ces fausses viandes...
Est-ce sain? Meilleur ou moins bon pour la santé?! Et là, j’avoue qu'à cette question, les réponses ne sont pas toujours claires... Pour les champignons et le tofu, pas de soucis, mais toutes ces fausses saucisses..? Je ne suis pas certaine qu'en manger à tous les repas soit si bon que ça (comme pour n'importe quel aliment trop transformé).
 
Mais ce n’est pas le sujet de cet article. Ici, quand on parle de manger "bon", c'est dans le sens de "savoureux" et sans avoir entrainé la mort d'aucun être vivant.

Grâce à tous ces "subterfuges" donc, nous avons pu découvrir une quantité incroyable de spécialités locales végétalisées! Tellement même, qu’on ne comprend toujours pas pourquoi tant de personnes mangent encore de la viande? (Mais ça aussi c’est un autre sujet...) 😅 #nocoment


En Thaïlande, les brochettes et autres saucisses sont des incontournables en cuisine de rue.
Ici, on retrouve certains classiques en version 100% végétales !
 
Un jour, on a même pu tester un faux œuf! Étonnant...

 

Nous avons eu l'occasion de pouvoir gouter au fameux satés (satay) indonésien ou encore au "canard" à la pékinoise en Malaisie. En Thaïlande, la spécialité du nord, le khao soï, une soupe de nouilles au curry avec du poulet, est devenue le plat préféré de Xa en version végétarienne!  Nous avons pu aussi nous essayer à quelques spécialités de la cuisine impériale vietnamienne, comme les banh nam, une préparation à base de poisson normalement, et cuit dans une feuille de bananier...

Et ainsi de suite... La liste est longue! 😋
 
 
Faux canard à la pékinoise
Banh nam Vietnamien

Satay sauce cacahuètes
Khao Soï de Chiang Maï
 

En Thaïlande - pays que l'on connait le mieux maintenant - ils ont même une semaine végétarienne annuelle, dans tout le pays et un festival végétarien, particulièrement spectaculaire à Phuket aussi. Tesakan Kin Jay ! On rêve d'y aller un jour, mais ça ne s'est jamais bien combiné. Par contre, nous avons pu profiter par deux fois de la fameuse semaine végétarienne à Bangkok et c'était la folie! Tout le monde sort ces petits drapeaux jaune et rouge, même dans les super marchés et les Seven Eleven, tout se végétalise!! (et nous on pleur que ça ne dure qu'une seule semaine...) Franchement, si vous pouvez caler vos dates de voyage sur cette semaine - qui a lieu au mois d'octobre en générale - faites-le! (et prévoyez des vêtements légers et extensibles!) 😂


Et puis on n'oublie pas les fruits aussi! Il y en a tellement et ils
sont si bons!! De quoi devenir frugivore pour quelque temps... 😜


 
Nos dernières pérégrinations nous ont emmenées jusqu'au Japon et là-bas aussi, nous avons découvert qu'ils avaient une - délicieuse - cuisine végétale traditionnelle liée au Bouddhisme, appelée Sojin Riori.

Comme le bouddhisme, la cuisine végétale s'est donc propagée dans toute l'Asie du Sud et de l'Est!


Elle reste encore étonnamment méconnue en occident. J'espère vraiment que cet article trouvera des lecteurs en quête de conseils. On ne sait que trop bien l'effet que ça fait de partir et de se demander - tiens? Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir manger?" surtout quand on aime ça, manger!
N'est-ce pas... 😝
 

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 👉 Le 1er article "Voyageurs végétariens - notre (délicieux) retour d'expérience"
--> C'est par là! <--

👉 Et celui sur la street-food asiatique - 100% végétale
--> C'est par ici! <-- 
 

👉 Et sinon, vous trouverez la liste de tous nos articles sur la bouffe --> ici!

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